Gestion des risques

EI et EIG en ESSMS : comment analyser et prévenir les événements indésirables

21 avril 2025·9 min de lecture

Maîtriser la distinction EI/EIG, appliquer la méthode des causes profondes et transformer chaque incident en levier d'amélioration : le guide opérationnel pour les responsables qualité.

Chaque événement indésirable dans un ESSMS est une double occasion manquée : l'occasion de protéger le bénéficiaire qui en a été victime, et l'occasion d'apprendre pour prévenir les suivants. Pourtant, dans de nombreux établissements, les EI sont traités comme des obligations administratives à remplir le plus vite possible — et les EIG comme des catastrophes à gérer dans la panique.

Ce guide vous donne les outils conceptuels et pratiques pour changer de posture.

EI vs EIG : les définitions qui changent tout

Un Événement Indésirable (EI) est tout incident ou presque-accident qui a causé ou aurait pu causer un dommage à un bénéficiaire. C'est la définition large, qui inclut les événements mineurs sans conséquence grave mais révélateurs d'une faille organisationnelle.

Définition réglementaire EIG

Un Événement Indésirable Grave (EIG) est un événement qui a causé un dommage corporel grave (hospitalisation, invalidité permanente, décès) à un bénéficiaire, ou qui révèle une défaillance systémique nécessitant une action correctrice urgente. Il est soumis à obligation de déclaration à l'ARS dans un délai de 3 à 15 jours selon la nature de l'événement.

La confusion entre les deux notions est fréquente et coûteuse : sous-déclarer les EIG expose l'établissement à des sanctions, mais sur-déclarer les EI comme des EIG sature les circuits réglementaires et dilue l'attention sur les situations vraiment graves.

Les 5 types d'EI les plus fréquents en ESSMS

  1. Chutes (avec ou sans conséquences) — première cause d'EI dans les services à domicile
  2. Erreurs de médication (mauvais médicament, mauvaise dose, mauvais horaire)
  3. Altercations entre bénéficiaires ou entre bénéficiaires et professionnels
  4. Incidents liés au matériel (équipements défaillants, aides techniques inadaptées)
  5. Défauts de surveillance ou d'accompagnement (fugues, situations de mise en danger)

La méthode ALARM : analyser pour comprendre

L'analyse des causes profondes est l'étape clé du traitement d'un EI. La méthode ALARM (Association of Litigation and Risk Management) est la référence dans le secteur médico-social. Elle distingue les facteurs contribuants (ce qui a permis l'événement) des causes profondes (pourquoi ces facteurs existaient).

Les 7 catégories de facteurs à investiguer

  • Facteurs liés au bénéficiaire (état de santé, comportement, historique)
  • Facteurs liés aux tâches (procédures absentes, inadaptées ou non respectées)
  • Facteurs liés aux professionnels (formation, fatigue, charge de travail)
  • Facteurs liés à l'équipe (communication, supervision, culture de signalement)
  • Facteurs liés à l'environnement (locaux, matériel, conditions de travail)
  • Facteurs liés à l'organisation (ressources humaines, planification, management)
  • Facteurs liés au contexte institutionnel (réglementation, pressions externes)

Utiliser la méthode des « 5 Pourquoi » pour chaque facteur identifié : demandez « pourquoi ? » jusqu'à atteindre la cause organisationnelle ou systémique. Une chute n'est presque jamais causée par la maladresse d'un bénéficiaire — elle est causée par une combinaison de facteurs sur lesquels l'établissement peut agir.

La gestion d'un EIG : le protocole en 5 temps

  1. Sécuriser immédiatement la personne concernée et les autres bénéficiaires
  2. Informer la direction dans l'heure et le responsable qualité dans les 4 heures
  3. Documenter les faits de manière factuelle et chronologique dans Qualisia
  4. Évaluer si les critères EIG sont réunis (grille HAS) et déclencher la procédure ARS si oui
  5. Conduire l'analyse des causes profondes dans les 15 jours qui suivent

Créer une culture du signalement

Le plus grand obstacle au signalement n'est pas technique — c'est culturel. Les professionnels ne signalent pas parce qu'ils craignent d'être jugés, sanctionnés ou de mettre un collègue en difficulté. Cette peur est destructrice : elle prive l'établissement des informations dont il a besoin pour s'améliorer.

Un établissement où les professionnels signalent beaucoup n'est pas un mauvais établissement — c'est un établissement qui apprend. Un établissement avec peu de signalements devrait s'inquiéter, pas se féliciter.

Dr. Marie-Claire Vimont, experte sécurité des soins, HAS

  • Garantir explicitement la non-sanction du déclarant de bonne foi
  • Remercier publiquement chaque signalement (même les faux positifs)
  • Partager en réunion ce que le signalement a permis d'améliorer
  • Simplifier au maximum le processus de déclaration
  • Mesurer et afficher le taux de signalement comme indicateur positif

Comment Qualisia facilite la gestion des EI/EIG

Qualisia intègre nativement la grille de qualification EI/EIG selon les critères HAS, avec une aide à la décision pour identifier si une déclaration ARS est nécessaire. Le module EIG calcule automatiquement le compte à rebours réglementaire et alerte le responsable qualité aux jalons clés. L'analyse des causes profondes est structurée directement dans l'interface, et les recommandations de JADE enrichissent l'analyse.

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